Leasho Johnson: I am a place as much as I am a flavour

Juin 6 - Juillet 25, 2026 Paris

Mariane Ibrahim est heureuse de présenter I am a place as much as I am a flavour, une exposition personnelle de Leasho Johnson à Paris. Marquant la première exposition personnelle de l’artiste en Europe ainsi que sa seconde collaboration avec la galerie, cette présentation réunit un nouvel ensemble d’œuvres dans lesquelles l’artiste poursuit son exploration du folklore jamaïcain à travers la figure d’Anansi, le trickster métamorphe dont les transformations brouillent les frontières entre l’humain et l’animal.

 

Au cœur de l’exposition se déploie une invitation : défaire les associations figées que nous projetons sur la négrité pour ouvrir un espace plus mouvant, complexe et transversal. Une réflexion qui touche autant la manière dont nous nous regardons les uns les autres que les mécanismes par lesquels se construisent le désir et la peur, ou encore ceux à travers lesquels nous projetons nos propres fantasmes et inquiétudes. Ces interrogations traversent l’ensemble de la pratique de Johnson, où le corps queer occupe une place centrale, somptueuse et instable. Jamais totalement fixe ni pleinement lisibles, ses figures apparaissent dans des états de transformation, de fragmentation et de performance sensuelle. Dans les peintures de Johnson, les traces reconnaissables de formes humaines résistent à toute définition, glissant continuellement entre l’animal, la caricature et l’apparition spectrale.

 

Johnson entraîne le spectateur dans des espaces denses, psychologiquement chargés, qui évoquent à la fois la végétation luxuriante de la Jamaïque et l’intensité de la vie urbaine contemporaine. De ces paysages obscurcis émergent des silhouettes oscillant entre érotisme et menace. Les visages se dissolvent dans l’ombre, les membres s’étirent et se métamorphosent. Les corps demeurent partiellement dissimulés, tandis que l’opacité devient une stratégie de survie. Les figures ne se donnent jamais entièrement au regard.

 

Cette ambiguïté se prolonge matériellement dans l’approche de la couleur développée par l’artiste. Attentif aux histoires coloniales inscrites dans la notion même de noirceur, Johnson fabrique fréquemment son propre noir plutôt que de recourir à des pigments manufacturés. Le charbon, issu du bois brûlé, occupe ainsi une place centrale dans son processus, lui permettant de construire des surfaces profondément texturées. À travers cette méthodologie, le noir cesse d’agir comme une catégorie symbolique figée — quelque chose que l’on acquiert, fait circuler ou consomme — pour devenir une matière vivante, porteuse de sa propre histoire et de ses propres transformations sur la toile.

 

Né en Jamaïque et aujourd’hui basé à Chicago, Johnson puise profondément dans les traditions narratives caribéennes entourant Anansi, figure folklorique du trickster historiquement utilisée pour projeter désirs, contradictions et angoisses humaines sur des formes animales. L’humour, la distorsion, l’exagération et le masque propres à Anansi permettent à l’artiste d’aborder les questions de race, de sexualité et d’appartenance à travers un langage visuel à la fois ludique et troublant. À l’image du trickster lui-même, les peintures refusent toute interprétation univoque, habitant un territoire mouvant ouvert aux contradictions, au doute, à la lumière comme à l’obscurité.