LA NATURE EST-ELLE BELLE ?
Geste/s Magazine réunit 16 artistes issus de générations, de cultures, de systèmes de pensée et d’horizons esthétiques très différents, parmi lesquels Clémence Gbonon et Raphaël Barontini. Choisis parce que leur œuvre résonne avec celle des éditeurs, chacun d’eux s’est vu poser une seule et unique question, offrant ainsi une diversité de perspectives qui éclairent le thème de ce numéro.
CLÉMENCE GBONON
"En Occident, nous ne cultivons pas nécessairement notre contact avec un monde invisible, fait de signes et de possibilités multiples d'interprétation. Notre langage verbal est si totalisant que nous avons tendance à ignorer d'autres formes de langage. En peinture, cette tendance a accentué à certains égards un intérêt pour des tableaux compréhensibles et lisibles, presque univoques. Pourtant en tant que peintre, je dirai qu'une peinture puissante est une peinture qui se déploie dans le champ de l'indicible et qui défie la rationalité. La peinture est sensation physique, alchimie, elle échappe à toute logique réductrice en tant qu'elle est elle-même langage.
Je pense que notre rapport à la peinture est très lié à notre rapport à la nature. L'une et l'autre requièrent que nous soyons sensibles au monde subtil dissimulé entre les choses, autour et à l'intérieur de nous, dans une appréhension sensorielle, immédiate et physique, par-delà toute explication ou rationalité."
RAPHAËL BARONTINI
"Je crois que la nature est au-dessus de tout, sa puissance et sa force vitale en font son éternelle beauté. On sait à quel point, de tout temps, elle a inspiré les artistes, comme un émerveillement infini. En s'inscrivant dans le paysage caribéen, on sait combien elle peut être magnifique comme destructrice. C'est ce qui fait de ces archipels, un lieu si beau, entre volcans, forêts luxuriantes, cyclones et plaques tectoniques; en somme, une nature toujours en éruption.
Pour moi, dans la réalité du réchauffement climatique et de ses dérèglements, ces paysages fragmentés sont une scène vivante, une archive sensible, une nature qui résiste et qui se réinvente. Cette nature est aussi le lieu de récits entremêlés, d'imaginaires partagés, où l'humain n'a eu de cesse de projeter des histoires, des symboles, des croyances. La nature n'est pas seulement belle - elle est chargée d'histoires, de mémoires, de circulations."
