Incompleteness : Group Exhibition

Avril 10 - Mai 30, 2026 Paris

Incompleteness, présentée par Mariane Ibrahim à Paris, propose une structure d’attention qui privilégie la partialité, la vulnérabilité et le refus de toute résolution à travers trois pratiques distinctes. L’exposition réunit Shannon T. Lewis, Cristina Flores Pescorán et Naomi Lulendo, dont les œuvres et les trajectoires se déploient à travers plusieurs géographies, façonnées par des formes de circulation et de négociation qui résistent à toute appartenance singulière. 

 

Shannon T. Lewis (née en 1981 à Toronto ; vit à Berlin) construit des seuils picturaux dans lesquels intérieur et extérieur se confondent.The Key to Where We Really Live  (La clé de notre véritable lieu de vie2026) ouvre l’exposition avec une installation dans laquelle trois peintures se rejoignent pour former un corps composite, en dialogue avec une forme arquée peinte directement sur le mur. De multiples perspectives coexistent, désorientant le regard et résistant à tout point de vue univoque. Dans des œuvres voisines telles queBefore the Light Changed  (Avant la lumière changeât2025) etAltars Beyond Recognition  (Des autels méconnaissables2025), le corps est déplacé et reconfiguré par le geste : des mains apparaissent, se retirent ou demeurent en suspens au seuil d’objets et d’espaces. À travers ces œuvres, la figure n’est jamais pleinement présente, mais persiste sous forme de fragments. 

 

Cristina Flores Pescorán (née en 1986 à Lima ; vit à Utrecht) aborde le corps comme un lieu de rupture et de réparation, où des formes textiles et sculpturales—ancrées dans des savoirs rituels et matériels—réinventent des modalités de soin au-delà du cadre clinique. 

 

Dans la galerie principale,Siete Momentos para Sanar un Susto (Sept moments pour guérir d'un choc, 2024) se présente comme une installation composée de sept sculptures textiles se déployant depuis le mur, maintenues par de longues aiguilles. Issue de l’expérience de la maladie et de la convalescence de l’artiste, l’œuvre transforme le geste clinique de la biopsie en un acte ritualisé où le corps est à la fois fragmenté et recomposé. Travaillant avec du coton péruvien non teint, du maïs violet et du fil de cuivre, Flores Pescorán puise dans les traditions textiles précolombiennes pour produire des formes évoquant la suture, la protection et le soin. Dans les dessinsJuegos en mi Chacra  (Jeux dans mon Chacra, 2024), le corps apparaît dispersé, subtilement inscrit dans les structures tissées qui le soutiennent. 

 

Naomi Lulendo (née en 1994 à Paris ; vit entre Paris, la Guadeloupe et Dakar) développe une pratique fondée sur l’assemblage et la disjonction, ses compositions architecturales résistant à toute cohérence narrative. 

 

Au premier étage, l’artiste présente deux œuvres structurées en diptyques et polyptyques :Panorama I(2019) etPanorama IV(2026). Ces compositions s’appuient sur l’espace architectural tout en en déjouant la cohérence perspectiviste : les plans s’aplatissent, se déplacent et se superposent, produisant des environnements qui demeurent irrésolus. Elles sollicitent une attention soutenue tout en laissant place à l’erreur d’interprétation et à la possibilité de la perte, faisant écho à la logique du puzzle, récurrente dans sa pratique. DansNo Comment(2026), ce refus devient explicite : l’œuvre suspend le sens, résistant à l’impulsion de compléter l’image ou le récit qu’elle suggère. 

 

Ensemble, ces pratiques ne se résument pas à une lecture unifiée, mais maintiennent un espace d’attention ouvert, où les formes, les corps et les récits demeurent en devenir.