• Slimen Elkamel

    LIGNE(S) DE VIE 

     

    6 SEPTEMBRE - 11 OCTOBRE, 2025

     

    PARIS

  • Mariane Ibrahim a le plaisir de présenter Ligne(s) de vie, une exposition personnelle de Slimen Elkamel, dont les figures dérivent à travers des espaces théâtraux et sans pesanteur, affranchies du réalisme et de la gravité. 

     

    Peignant sur des toiles apprêtées en noir, Elkamel fait surgir ses images par des milliers de points d’acrylique, tel un alchimiste ouvrant les mâchoires d’une bête sombre pour en extraire la lumière engloutie - une lumière qu’il restitue au monde, effervescente. 

     

    Ancré dans les traditions orales de la Tunisie rurale et nourri par une pratique quotidienne de l’écriture, Elkamel considère le récit comme une matière plastique, souple, qui se transforme à chaque nouvelle version, devenant tour à tour plus intense, émouvante ou joyeuse selon l’instant. À l’image des contes qui ne se disent jamais deux fois de la même façon, ses peintures sont des narrations ouvertes qui vibrent entre mémoire, émotion et couleur. 

     

    Sur le plan formel, l’artiste évolue dans un espace semi-abstrait, sans perspective, à la fois narratif et autoréférentiel, créant des univers autonomes qui évoquent autant les fictions visionnaires d’Henry Darger que les mosaïques des civilisations méditerranéennes anciennes. Sa construction picturale en strates fait écho à celle des Primitifs italiens, où les plans narratifs s’empilent autour de montagnes, de forêts et de cieux. 

     

    Le langage visuel d’Elkamel, imprégné de réalisme magique et d’une sensibilité écologique, offre une méditation sensuelle sur la transformation, la mémoire et le renouveau, dans une proximité retrouvée avec le monde naturel. Sa technique résonne avec l’histoire de la fabrication mécanique de l’image, où la couleur naît de l’assemblage rigoureux de points microscopiques dans des grilles ordonnées. Mais Elkamel dérègle cette logique : ses points se libèrent de l’alignement, refusant de se fondre en une seule image. Ce refus devient un geste de résistance, une invitation à s’éloigner du monde pixelisé et normatif de la reproduction de masse pour rejoindre un espace plus tactile, analogique — un monde vibrant, imparfait, à l’image du rythme de la nature. 

     

    Dans Ligne(s) de vie,  Elkamel nous invite à ralentir, à réorienter nos sens vers l’intuition, l’imagination et le regard attentif. Son œuvre nous rappelle que le repos, tout comme la rêverie, est génératif ; et qu’en rêvant avec la terre, nous pourrions commencer à redécouvrir d’autres façons d’être, de devenir et d’appartenir. 

     

    - Marisol Rodriguez

  • BIOGRAPHIE DE L'ARTISTE:

    BIOGRAPHIE DE L'ARTISTE:

    Slimen Elkamel est né en 1983 à Mazouna dans la région de Sidi Bouzid en Tunisie. Nourrie au sein du récit populaire, son enfance fut aussi pétrie par l’imaginaire du milieu rural où prospérait la tradition du conte et de la poésie populaire. Ses études à l’Institut Supérieur des Beaux-arts de Tunis lui ont permis de cristalliser ce patrimoine littéraire et intellectuel en une singulière pratique plastique. Une pratique dont la genèse s’ouvre par le biais d’une écriture et puise ses ressources dans ses textes, tantôt poétiques ou littéraires, tantôt mémoriels ou improvisés.

     

    L’exercice scripturaire quotidien, autant qu’il circonscrit, étend les horizons de son univers plastique. Non loin de la figuration libre, l’artiste interroge la relation du réel et de l’imaginaire par la théâtralisation de l’image constellée. La figure d’une réalité lévite dans l’espace d’une imagination et d’un foisonnement proliférant où se joue une transfiguration du fait social et populaire en une vision surréaliste. Images de la mémoire, images d’un réel prélevées sur les supports du quotidien se croisent dans un champ pictural où, à fleur de tableau, le bruissement d’un dialogue s’amorce sans fin, non pour le récit d’un fait, mais pour une fête des récits.

     

    Ses peintures ne cherchent pas à restituer des contes ou à les illustrer. L’artiste cherche plutôt à y semer les préfigurations des récits que nous sommes appelés à redécouvrir par nous-mêmes. Ce faisant, l’artiste nous invite à être de la fête de ses récits, à prendre part à l’écriture de notre héroïsme ou de notre défaite. Le conte, semble nous dire le peintre, par ses pouvoirs déréalisant, peut autant nous faire être humain qu’être végétal ou qu’être animal ou, enfin, défier les lois de la raison. De retour de ces métamorphoses de l’être, nous retrouverions notre essence première : celle d’être parmi tous les êtres, né d’un même souffle