Un « grottesque » grandiloquent
Spectaculaire. C’est le moindre des mots qui qualifierait le parcours en 15 œuvres d’Eva Jospin (née en 1975) dans la galerie du Grand Palais. Ponctuée d’une succession de maquettes de carton, matériau fétiche de l’artiste, dont elle explore les qualités depuis près de 20 ans, et de bas-reliefs brodés renouvelant sa pratique vers un art textile coloré rehaussant les décors monochromes qui ont fait sa signature, l’exposition cède à la tentation du monumental en abritant en son cœur Dôme (2022), architecture de sept mètres de haut, et Cénotaphe (2020), dressé tel un édifice funéraire, avant de se conclure sur Panorama (2016), forêt en trompe- l’œil de neuf mètres découpée au cutter, montrée initialement dans la Cour carrée du Louvre.
Eva Jospin convoque habilement un point de départ narratif à partir duquel se comprend le « grottesque » de l’exposition. Une légende indique qu’au XVe siècle en Italie, un jeune homme serait tombé dans une cavité où il découvrit les vestiges du palais doré de l’empereur Néron. Si grottesco évoque donc ce style décoratif entremêlant motifs architecturaux et végétaux issus de ces ruines, qui ravit Raphaël et influença les jardins baroques, la scénographie grandiloquente en dit long sur l’air du temps : il s’agit de s’émerveiller face à un art décoratif et pullulant, qui s’ouvre comme une parenthèse enchantée – on pense au monde d’Alice et à l’heroic fantasy –.
Extrait de propos rédigés par François Salmeron pour Le Quotidien de l’Art.
